On nous avait promis que l’IA allait remplacer les salariés. Pour l’instant elle a surtout remplacé le sommeil des gens qui voulaient remplacer les salariés. C’est déjà pas mal.

Tu les vois partout maintenant les nouveaux soldats du futur, ils dorment 3 heures par nuit, ils ont 13 onglets Claude ouverts, un abonnement ChatGPT Pro, un destock illisible et malgré tout ça ils appellent leur vie « un system ». Il ne vont pas vraiment bien, ils sont juste très bien équipés pour ne pas aller bien.

Le matin ils demandent à l’IA comment organiser leur journée. Le midi ils lui demandent comment répondre à un message sans avoir l’air trop froid. Le soir ils lui demandent comment trouver du sens à leur travail et la nuit au lieu de dormir ils regardent une vidéo « J’ai automatisé ma vie avec 17 agents IA » sur YouTube.

Ta vie n’avait pas besoin de 17 agents IA elle avait besoin d’une sieste.

Mais bon, une sieste ça ne fait pas avancer les projets.

Alors les entreprises ont foncé. Elles ont viré des gens, acheté des abonnements, cramé des milliards, installé des Chatbots partout, appelé ça « transformation » et maintenant elles commencent à regarder la facture avec la tête d’un mec qui découvre le prix d’un Uber à 4h du mat pour rentrer dans le 77.

Parce que l’IA coûte cher, très cher. Et parfois elle sert surtout à produire plus vite des choses que personne ne voulait vraiment lire, des dossiers plus long, des résumés de réunions inutiles. Des phrases comme « nous devons aligner nos synergies autour d’une vision commune ». Déjà si une machine écrit ça il faut l’éteindre. Par respect pour l’humanité.

Le plus drôle c’est qu’ils ont vendu l’IA comme une intelligence supérieure. Mais dès qu’elle dit n’importe quoi faut un humain derrière pour corriger. Donc on a remplacé l’humain par une machine qui a besoin d’un humain. Très lourd. C’est comme virer ton cuisto pour acheter un robot qui rate les pâtes, puis réembaucher quelqu’un pour surveiller l’eau. Mais attention c’est innovant !

Avant quand une boite virait 10 000 personnes c’était triste. Maintenant si tu fou « IA » dans le communiqué ça devient presque sexy et tout le monde applaudit. Les investisseurs applaudissent parce que ça fait monter l’action. Les consultants applaudissent parce qu’une entreprise paniqué c’est toujours une mission de 6 mois. Les mecs sur LinkedIn applaudissent parce qu’ils viennent de demander à Claude de leur écrire un post sur « l’importance de ralentir » à 1h42 du matin.

On vit quand même une époque incroyable. Des gens épuisés demandent à des machines comment aller mieux puis ne dorment pas pour tester la réponse. Ils optimisent leur agenda. Ils optimisent leur projets, Ils optimisent leurs mails. Ils optimisent leur respiration. Ils optimisent même leurs pauses.

À ce stade c’est plus de la productivité c’est une crise d’angoisse le bordel.

Le bon côté c’est qu’ils gagnent du temps, enfin c’est ce qu’ils disent. Mais gagner du temps pour quoi ? Pour ouvrir un autre outil ? Pour suivre un autre tuto ? Pour demander à une autre IA comment mieux utiliser la première ?

Magnifique boucle.

L’IA devait nous libérer des tâches relou et inutiles, pour l’instant elle a surtout permis de créer de nouvelles tâches inutiles autour des anciennes. Maintenant il faut apprendre à prompter, ranger ses prompts, optimiser ses prompts, sauvegarder ses prompts, partager ses prompts, vendre ses prompts, faire une formation pour « débloquer la puissance du prompt ».

On a réussi à transformer une question posé à une machine en métier. Respect.

Et le plus étrange, c’est que tout ça devait partir d’un rêve simple, ne plus penser tout seul. Ne plus écrire tout seul. Ne plus décider tout seul. Ne plus affronter ce petit silence bizarre ou ton cerveau te dit « et toi tu veux quoi ? ». Alors on ouvre Claude. On ouvre ChatGPT. On ouvre je ne sais quelle IA. On ouvre 12 onglets. Et à la fin on a plein de réponses mais plus beaucoup de présence.

C’est peut être ça le big bug.

Pas que l’IA devienne intelligente mais que nous soyons assez fatigués pour lui donner notre fatigue à organiser. On pensait créer une machine pour nous aider à vivre mais on a surtout créé un assistant personnel pour mieux ne pas s’arrêter.

L’IA va surement pas remplacer l’humanité et le danger c’est pas qu’elle devienne humaine non plus c’est que nous soyons déjà assez programmés pour lui faciliter le travail.

Les boîtes d’IA sont les dealers de 2026
et les accros vont bientôt devoir payer très cher pour leur dose